les cinés de cigale

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24
sept 2013

 

De PLEIN SOLEIL à LA PISCINE : le bronzage de DELON  dans D'un film à l'autre delon-219x300

 

Ayant revu récemment PLEIN SOLEIL,  je n’ai pu m’empècher  d’évoquer LA PISCINE : Mêmes acteurs, même duel mortel, même soleil noir.

La différence est dans le physique et le statut de Delon:

Dans le premier, Delon est un animal sauvage.  Jeune loup qui tue et dévore tout ce qui le gène. Sa jeunesse et sa beauté éclaire le film autant que la lumière qui gorge les paysages

Dans le second, c’est un bellâtre qui se sent dépossédé dès l’arrivée de Ronet. Il tue par frustration.

Débutant dans PLEIN SOLEIL, il  a « l’innocence » et la grâce des grands félins et apporte au film de René Clément  une certaine « fraîcheur ».

LA PISCINE est surtout un film people : Le succès repose dès sa sortie sur les retrouvailles  DELON-SCHNEIDER après leur rupture..

Les corps polis, vernis par le soleil sont exposés comme des « chefs d’oeuvre » du star-système, sinon de la nature. Qu’importe au fond, l’action pourvu qu’on les voie lézarder et se vautrer l’un contre l’autre. Et le soleil tape avec autant d’ardeur celui qui serait devenu un  DELON-RIPLEY  fatigué, vidé de sa substance de comédien au profit de la star.

 

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23
sept 2013

 La boue purificatrice :   MADO    Claude Sautet dans la scène marquante mado1-198x300

 

Cinéaste de la convivialité chaleureuse, Sautet est aussi celui des bilans foireux de la cinquantaine, des hommes sentimentalement blessés à qui un évènement soudain redonne lucidité.

Réalisé après CESAR ET ROSALIE (1972)  et  VINCENT, FRANCOIS, PAUL  ET LES AUTRES, (1974) ,  MADO, par son pessimisme se rapproche davantage de ses derniers films.

Synopsis : Du jour au lendemain, Simon Leotard, un promoteur immobilier, se retrouve ruine par Lepidon, un concurrent vereux. Ce dernier lui reclame le remboursement des traites qu’il a consenties a son associe. Julien, qui vient de se suicider sans explication. Grace a Mado, une jeune prostituee dont il tombe amoureux, Simon se venge de Lepidon.

C’est sur la composition du superbe  final que je veux insister.

Le bain de boue du film est, à mon avis,  une scéne d’antologie.

Alors que les protagonistes fêtent leur revanche magouilleuse sur un escroc, survient  une pluie ante-diluvienne  les embourbant  jusqu’à l’immobilisme, eux et leurs véhicules

C’est la force  métaphorique de cette boue qui est très significative: Paradoxalement, elle lave le spectateur de  la corruption réccurente du film.  En plongeant tout le monde dans le même « bain », elle est signe d’égalité: tous patinent, pataugent, effaçant pudeur et bienséance. Elle marque un temps suspendu où les plus candides  partagent leur  joie d’être ensemble  autour d’un feu de bois improvisé.

Seuls, restent en retrait  Simon, ( Piccoli, l’arriviste de Sautet toujours en retrait des manifestations conviviales)  entrepreneur  corrompu, handicapé du coeur, tout comme le sera plus tard le personnage de Daniel Auteuil dans UN COEUR EN HIVER,  parce qu’il sait qu’il vient de perdre Mado à force de distraction  et d’indélicatesse, et cette dernière qui porte le poids tragique du film parce qu’elle devine que sa nouvelle relation est vouée à l’échec et qu’elle sera toujours possédée sans être jamais aimée. Le  plan final de la main possessive de Pierre ( Dutronc) sur sa nuque en dit long.

http://youtu.be/taFehI9WyaU

6
fév 2013
Posté dans Non classé par marylouveunblogfr à 6:08 | Pas de réponses »

]Mélanie,une jeune pianiste très douée d’origine modeste s’apprête à passer un concours qui lui ouvrira les portes d’une carrière promettteuse. Tout s’écroule à cause de la distraction capricieuse d’une star du piano membre du jury. Peu de temps après, elle se se fait embaucher chez la célébrité comme baby-sitter et… tourneuse de page. La vengeance sera à la mesure de la blessure infligée.

Le duo-duel s’engage entre les deux femmes: A fur et à mesure que l’une s’humanise, se fragilise, L’autre se durcit, devient un fauve imprévisible, un monstre froid dont le moindre geste est calculé pour perdre toujours un plus celle qui, par étourderie méprisante  a brisé  son avenir.

Face à Deborah François remarquable d’opacité,  Catherine Frot joue la fragilité, le talent menacé par une passion envers Melanie qu’elle a de plus en plus de mal à contenir jusqu’à la catastrophe finale. Elle est, comme à son habitude, extraordinaire.

 

LA TOURNEUSE DE PAGES.  Denis Delcourt tourneuse-de-pages-1-300x198http://www.youtube.com/watch?v=7l87-c57DQE

3
nov 2011

 Julien ( Matthieu Carrière) et Jacques (Roger Van Hool), deux amis,se partagent la même passion de la musique. Nous sommes en 1917. Jacques est sur le front, Julien, luxembourgeois et neutre n’est pas mobilisé. Un jour, Julien reçoit un télégramme de Jacques alors en permission, qui l’invite à le rejoindre dans sa maison de campagne. Julien se rend au rendez-vous, Jasques ne viendra jamais…

RENDEZ-VOUS A BRAY ( André Delvaux) dans j'ai revu et j'aime

Le charme du film tiré d’une nouvelle de Julien Gracq, LE ROI COPHETUA, tient à son mystère, aux questions qui restent sans réponse : Qu’est-il arrivé à Jacques ? A-t-il été tué ?  Quel message veut-il délivrer à son ami ? Qui est cette femme mystérieuse  (Anna Karina) qui reçoit Julien ?   La maîtresse de jacques ? Elle en a la beauté et la sensualité. Une servante ?  Elle en a la soumission…

La beauté des lieux, l’attente dans une maison bourgeoise à l’intérieur cossu, d’une élégance et d’une délicatesse proustienne ne peut nous faire oublier la guerre et la mort qui rôde. Elle s’inscrit d’abord lors du trajet de Julien dans le train où il rencontre un soldat  désespéré qui remonte au front et lui apprend que le mensonge et la censure sévit partout. Dés lors, les « blancs » laissés dans le journal apparaissent comme l’ignorance et l’inconscience de Julien qui se sent très peu concerné… Elle apparaît en filigranne dans les tremblement du cristal et de l’argenterie produit par le bruit des canons pas si éloignés, par les coupures répétées d’électricité. dans le silence de l’hôtesse, dans l’absence de Jacques…

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  La musique est un élément primordiale. Elle comble l’attente, remplit l’absence de Jacques, crée le lien entre les personnages : Le film débute par la contine de la petite fille à la marelle que julien reproduit au piano. On peut voir dans celle-ci le monde de   l’enfance et l’innocence que julien va quitter en croyant rejoindre son ami.  Julien au piano  jette un pont entre passé et présent.  Elle amorce les flash-back.   C »est  dans un contexte musical, que se dévoilent les différences  sociales entre  Jacques  et Julien: le premier issu de la grande bourgeoisie veut décider du sort du second  d’origine plus modeste  mais Julien se rebelle ( voire la scène de l’accompagnement musical de Fantômas et celle du concert dans un salon huppé)

Image de prévisualisation YouTube

  C’est aussi un film de réminiscences sensuelles où le goût, les odeurs tiennent une place importante. le vin, les plats délicats qu’on sert à Julien le conduisent à des souvenirs heureux mais aussi le renvoient à son identité, à la neutralité luxembourgeoise et au privilège qui en découle : il est celui qui peut encore goûter tous les plaisirs de la vie sans arrière-pensée alors que ses amis sont disparus ou doivent faire face à la mort.

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La scène d’amour finale entre Julien et l’inconnue, lourde de mystère,  semble couronner cet aspect sensuel.  Elle se déroule sous le signe de l’absence et se teinte, d’une grande  mélancolie  Ils partagent la  tristesse du rendez-vous manqué et l’inquiétude devant le danger que court jacques. La brune Anna Karina, femme soumise et sensuelle  s’oppose alors à la blonde Odile (Bull Ogier), celle du trio insouciant,  tendue vers un désir d’émancipation , tournée vers  l’avenir, passionnée par les nouveautés de l’époque ‘ (cinéma, aviation…)

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 D’une beauté plastique indéniable (la photo est superbe), le mystère qui entoure les personnages,  le désenchantement, la nostalgie qui en découle crée une atmosphère qui vous baigne longtemps après. Absolument envoûtant!

27
mai 2011
Posté dans Non classé par marylouveunblogfr à 6:58 | Pas de réponses »

Voici un film d’une noirceur absolue qui peint les ravages de la corruption et en dit long sur les pratiques et l’exploitation des plus faibles dans certaines sociétés. Nous sommes ici en Turquie.

Une voiture roule dans la nuit. Un homme, Selvet,  que nous ne distinguons pas très bien est seul au volant  et c’est l’accident… A peine suggéré.

Un peu plus tard nous revoyons l’homme avec Eyüp (Yavuz Bigöl) que nous percevons comme son chaufffeur :  « Tu prendras un an  tout au plus. A ta sortie, tu percevras une somme confortable et ton salaire continuera à être versé à ta famille. Tu comprends, les élections approchent,  je serais trop exposé… »

 Eternelle confrontation entre celui qui n’a pas le choix et celui qui a tous les pouvoirs, entre celui qui peut tout acheter et celui qui bataille pour survivre.

A partir de cet instant, on assiste à la  lente désagrégation d’une famille par la corruption, car la relation dominant-dominé ne s’arrête pas là : Voyant son fils Ismaïl (Riffat Sungar) au chômage, qui risque de mal tourner, qui a cependant  un projet mais pas d’argent pour le réaliser, la mère, Hacer (Hastice Aslan) va demander un accompte sur la somme promise. Selvet qui vient de perdre les élections, se sent en manque affectif et trouve une consolation auprès de cette femme qui tombe éperduement amoureuse de lui. De sa prison, Eyüp qui  a des soupçons se sent doublement trahi, humilié. A sa sortie, les retrouvailles se passent dans la violence entre un homme qui veut qu’on lui rendent des comptes et une femme euphorique qui est « ailleurs » et qui ne se résoud pas à ce que l’aventure soit terminée. Elle poursuit son amant jusqu’à la scène plus qu’humiliante  du rejet.

Ensuite le récit ne se fait que par ellipses : le polticard assassiné, l’aveu du fils qui l’a tué.

Le pére, ayant beaucoup appris des avantages de la corruption va trouver un jeune (Connaissance ? Ami ? Ancien collègue ?) dont on a simplement appris qu’il vivait seul, sans appui,  dans le dénuement le plus complet, et lui propose le marché dont il a lui-même « bénéficié » : prison + argent à la fin de la peine.  « L’hiver approche, les nuits vont être de plus en plus froide… Là bas, il y a du chauffage et on mange trois fois par jour. »  

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La sobriété est une des caractéristiques de ce film qui désespère de l’humanité : économie de paroles, personnages opaques souvent présentés dans l’ombre comme si leur noirceur gagnaient leur environnement . Ils déambulent dans des espaces qui renforcent leur solitude.  Ils apparaissent souvent dans un coin de l’écran ou immobiles au seuil d’une porte comme s’il leur été impossible d’entrer dans leur propre vie.

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Je retiendrais une scène au comique grinçant. Celle du portable d’Hacer alors qu’elle vient quémander une avance : Celle-ci retentit dans les oreilles de Selvet sous forme de chanson que l’on est forcé comme lui d’écouter juqu’au bout, Hacer ayant des difficultés à atteindre son portable et l’on entend la voix haineuse d’une femme qui souhaite à son amant tous les malheurs du monde. Cette scène est en fait une véritable anticipation sur le récit et libère aussi la colère du spectateur devant l’innacceptable.

30
avr 2011
Posté dans Non classé par marylouveunblogfr à 12:47 | 5 réponses »

 

 Dans mon histoire du cinéma :  Les scènes qui m’ont le plus effrayée 

  CRIA CUERVOS  (C. Saura) :  Ana est dans son lit. Elle ferme les yeux pour »retrouver » sa mère morte récemment. Nous voyons la mère passer et repasser dans un couloir sous une lumière verte. Très impressionnant! mais ce que  je trouve effrayant, c’est la répétition de ce procédès. A chaque fois qu’elle ferme les yeux nous savons qu’elle va retrouver cette vision. 

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 http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DyrfFOyxyiT0&h=5AQH74S8kAQElY6wotWEHkN-evRvrpL2ZMrySNxs9AGgXVQ                                       

 LOS OLVIDADOS   (Luis Bunuel) : le rêve de Pedro : Il se penche et regarde sous son lit. Il y voit une tête ensanglantée qui s’agite doucement. Effet de surprise et d’horreur  qui fonctionne d’autant plus efficacement que nous ignorons quand nous le voyons qu’il s’agit d’un rêve.   Tout le film est d’ailleurs un cauchemar.

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http://www.youtube.com/watch?v=RfglC_l_C-0&feature=player_detailpage

19
mar 2011

Destin contrasté de deux crinolines

En revoyant SENSO de Visconti un détail m’a frappée et m’a renvoyée à un autre film et à un autre personnage : Le costume  de Livia, héroïne de SENSO, est globalement identique à celui de Scarlette O’hara ( que l’on ne présente plus) et, de là, j’ai  trouvé amusant de faire la comparaison des deux héroïnes qui n’est somme toute, pas aussi saugrenue qu’il y paraît.   Le rapprochement est justifié par l’époque où se déroulent les deux récits (1863 à 1866), par la passion amoureuse contrariée  sur fond de guerre et de violences poltiques qui anime les deux héroïnes  appartenant chacune à la bonne société.

 AUTANT EN EMPORTE LE VENT // SENSO dans D'un film à l'autre autant-en-emporte-le-vent1-198x300                                  

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 Italie 1866 :  Le  »Risorgimento » et l’unité italienne sont quasiment accomplis. reste à arracher Venise à l’occupation autrichienne. c’est dans ce contexte qu’apparaît la comtesse Livia Serpieri, (Alida Valli) sympatisant avec les insurgés, aidant clandestinement son cousin à collecter des fonds nécessaires à la révolution. Mais la rencontre d’un officier autrichien dépravé dont elle s’éprend éperdument la fait basculer dans une passion destructrice.

Géorgie 1863 : AUTANT EN EMPORTE LE VENT commence par la déclaration de la guerre de cessession. La jeune Scarlette O’hara, à la fois allumeuse et éprise d’Ashley Wilkes se soucie fort peu de prendre parti.   « http://www.vodkaster.com/v/67905« 

A travers le portrait de ces deux femmes se dessinent deux conceptions différentes  de l’histoire, de la civilisation, voire du cinéma. :

SENSO est un film d’auteur :Visconti qui entend marquer le cinéma de sa griffe.  Livia semble incarner le romantisme  morbide de la vieille Europe, celui-ci s’inscrivant paradoxalement à l’encontre d’un évènement positif : l’unité italienne.

AUTANT EN EMPORTE LE VENT est un film de producteur où les capitaux jouent un rôle prépondérant et qui entend avant tout toucher les foules sentimentales. Scarlette incarne une Amérique pragmatique et pionnière jusque dans la défaite sudiste.

Senso est un opéra funèbre où le destin de Livia s’inscrit dans une chute inéluctable, où la fière aristocrate, scène après scène n’en finit pas de s’abaisser, de s’humilier par amour pour un salaud.  Dès les premières scènes, le spectateur comprend qu’il assiste à un jeu de dupe. Il sait que la passion de Livia pour Frantz Mahler (Farley Granger) est loin d’être partagée. Il devine que celui-ci va s’en servir et en abuser jusqu’au bout, qu’il va l’entraîner dans sa veulerie. Il la condamne à la trahison, lui fait renier ses propres valeurs : Elle aime l’ennemi. Lui donne l’argent destinée à ses compatriotes insurgés, pour l’aider à déserter. La déchéance suprême sera morale puisqu’elle se vengera de toutes les humiliations subies en le dénonçant comme déserteur auprès de ses supérieurs lesquels en la voyant comme traite à sa cause lui portent un regard qui achève de l’anéantir.

http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DMi8d3xaWZV4%26feature%3Dshare&h=BAQEV21qyAQGixQ-5UrBFDfeY334chWVtd0hst09FtFgZXw&enc=AZNYiBAx-ge9nC7m4t7Xhfd-7E5MqYF9i_lnLr-vLwVik46Y0grTRYu1y9tYvdJzAlTu5ngYglIvT6FzsyrATRw5mLitOjZnCEb2rzY-LEnc9SfnnjpVWfgc4qCy11lgOwU

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Scarlette,au contraire, est celle qui rebondit à chaque évènement. On se demande si sa passion pour Ashley n’est pas le moteur de sa survie. Elle aussi se place au-delà des conventions mais, à la différence de Livia qui le fait en s’abaissant, elle le fait en  conquérante. La scène où  elle court littéralement après Ashley pour lui déclarer sa flamme au lieu de faire la sieste comme toute jeune fille de bonne famille en est une preuve parmis d’autres…

Et cette passion ne l’empêche nullement d’agir et de réagir devant les nécessités du malheur. Elle emploie tous les moyens à sa portée pour sauver sa famille et Tara. Il est remarquable que ce sont les hommes de sa vie (son père, Ashley, Rhett ) qui lui soufflent qu’elle a un intérêt supérieur à celui qu’elle voit en eux : sa terre; qu’ils lui disent que Tara est la première chose en laquelle elle doit croire et, au dénouement, lorsqu’elle en sort convaincue, elle se redresse définitivement.

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Ces deux héroïnes appartenant à la même époque, issues d’un milieu privilégié, traversant une page d’histoire troublée incarnent donc chacune un aspect historique. Comme si les deux films inscrivaient à leur façon l’histoire à venir de deux continents.  L’un, fatigué de son romantisme révolutionnaire, l’autre, émergent, plein de vitalité dans le monde pourtant dévasté d’un après-guerre et annonçant notre modernité.   

14
fév 2011
Posté dans j'ai revu et j'aime par marylouveunblogfr à 5:07 | 3 réponses »

Une jeune femme (Céline Salette) marche d’un pas hésitant et d’un air hagare, seule, sur une  route quasi déserte, la nuit. Elle a un tee-shirt ensanglanté.  Elle rencontre une femme qui l’attire dans une station service pour la restaurer et lui propose d’appeler la police. Arrive une jeune blonde (Hande Kodja) toute aussi hagare, elle a un couteau à la main et tue « la bonne Samaritaine »…

 C’est la scène horrifique par laquelle débute MEUTRIERES, le film de Patrick GRANDPERRET. C’est aussi celle qui le clôt. Entre temps nous nous serons habitués (et attachés) à la compagnie des deux jeunes  pommées davantage victimes que criminelles.

Ce film, en effet, raconte la « cavale » de Lizzy et Nina, deux filles fragiles enfuies de l’hôpital psychiatrique où on les soignait, l’une pour une tentative de suicide, l’autre pour des crises d’angoisse répétées

Ce périple estival sur la côte atlantique est l’occasion de peindre une France de la beaufitude autant que de la « boffitude ».

Nina est une proie sexuelle. Elle a un passé que l’on devine douloureux (voire les flash back et ses réactions insolites avec les hommes). Dès son apparition, elle se trouve en but non seulement aux désirs des hommes mais à celui des femmes :  Une fille croisée dans un salon de beauté  lui propose de passer quelques jours à l’hôtel de ses parents. Elle se révèle une lesbienne libérée dont l’hospitalité est tout sauf désintéressée.  Sentant cette sollicitude ambiguë qui lui  fait revivre des souvenirs douloureux, Nina est prise de crises d’angoisse qui la mènent à l’hôpital où elle fait la connaissance de Lizzy et se lie d’amitié avec elle.

 MEUTRIERES  de  P. GRANDPERRRET dans j'ai revu et j'aime meurtrieres-14205

L’argent comme nécessité vitale est le moteur de l’intrigue: Nina est en quête d’un emploi plus qu’improbable pour lequel elle se rend à Bordeaux et Lizzy est en sortie illégale. Toutes deux n’ont pas « une tunne » pour manger, se doucher, voyager, et les tentatives à contrario, les paris fous qu’elles tentent à chacune de leur rencontre n’ont pour objectif que d’assouvir des besoins élémentaires. Et  ces rencontres en stop tracent une carte routière de la franchouillardise et de l’indifférence.

- Un brave type, marchant ambulant, un peu bas de plafond, qui leur raconte, mi-pleurnichard, mi-enragé comment sa femme l’a quitté malgrè tout le confort ménager qu’il lui offrait.  Les deux donzelles tentent de le séduire contre rémunération. Mauvaise pioche! Il s’arrête net et les laisse en carafe sur le bord de la route.

- Nouvelle tentative  avec un automobiliste qui les trouve trop cher et tente de marchander. Même résultat.

- Une bobo, mère adoptive d’un enfant vietnamien qui parle  avec emphase aux deux filles mal aimées de sa rencontre « miraculeuse » avec l’enfant.

- Et il y a la rencontre fatale : Un chauffeur de taxi qui les emmène pour une course de 300 euros, qui finit par découvrir qu’elles n’ont pas un sous et leur propose une alternative: ou le « dédommagement en nature « , ou la solitude, la nuit, sur une route déserte… Suit la tentative de viol de Lizzy et la riposte meurtrière de Nina.

Le film est un regard désespéré sur notre société : Il n’y a pas un soupçon d’humanité, pas un  geste gratuit  à l’égard de ces deux pommées. Les hommes et les femmes qu’elles croisent sont, soit tournés vers eux-mêmes, soit des chasseurs en quête de proies, soit des adeptes du donnant-donnant. Leur détresse est de plus en plus palpable aux spectateurs : elles ont faim, elles ont chaud , elles sont épuisées. Le seul regard humain qu’elles rencontrent est celui de la femme qui recueille Lizzy tout ensanglantée mais ce regard arrive trop tard…

Ce film à la fois   »coup de poing »  et stimulant doit beaucoup à l’interprétation de ses jeunes actrices.  Céline Salette et Hande  Kodja sont des « natures » dont le jeu d’une spontanéité et d’une vérité étonnantes rend bouleversant ce road-movie tragique

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  4 MOIS,  3 SEMAINES,  2 JOURS  de C. MUNGIU

Film cruel. Dénonciation de la dictature de Ceaucescu à travers un avortement clandestin.

Deux étudiantes partagent la même chambre dans une cité universitaire miteuse. Gabita (Laura Vasiliu, la brune) est enceinte de 4 mois, 3 semaines, 2 jours et ne veut, ne peut garder l’enfant. Dans un pays où l’avortement est un crime et passible de prison, elle panique de jours en jours davantage et se tourne vers Otilia (Annamaria Marinka) sa collocataire qui commencent les démarches clandestines…

La vision du film est pénible de bout en bout.  C’est d’abord une atmosphère: Il baigne dans une grisaille qui semble déjà emprisonner les protagonistes et les spectateurs. Démonstration de ce que peut être l’arbitraire qui tue les foetus (La mère célibataire est aussi une paria),  qui écrase les femmes, premières victimes des régimes totalitaires atteintes, humiliées  au plus profond de leur intimité.

       Les films d'une seule vision/2  :   4 mois... de C. MUNGIU  dans Les films d'une seule vision 4_mois

Deux scènes sont totalement  insupportables :

L’arrivée de l’avorteur, un certain Monsieur Bébé, personnage louche, corrompu qui se révèle immonde,  abusant d’Otilia, pour « arrondir » la somme péniblement amassée par celle-ci.

La course d’Otilia au petit matin  emportant le foetus dans une banlieue lointaine pour le jeter incognito dans la première poubelle. Outre le suspens que dégage cette séquence, l’effroi vient de la situation : le foetus prend une forme métonymique. A travers lui, c’est toute l’humanité elle-même qui, dans ce régime, est jeté à la poubelle.

Le film pourrait raconter l’histoire de deux amies soudées dans les difficultés qu’elles rencontrent. Il n’en est rien : si Otilia prend des risques énormes (après le viol, elle risque elle-même de se retrouver enceinte…) , Gabita, reste repliée sur elle-même, exigente et dévoile à la fin, un bel égoîsme.  

Palme d’or à Cannes en 2007. Ce film, certes traumatisant et très pessimiste, est néanmoins indispensable à la prise de conscience de tout  citoyen menacé de loin ou de près par une dérive totalitaire. Je ne comprends d’ailleurs pas les critiques négatives , celles en particulier obnubilées par le thème de l’avortement ( celle du Vatican me semble particulièrement stupide et bornée qui présente le film comme une apologie de celui-ci!) C’est oublier scandaleusement la dimension politique dans laquelle il s’inscrit. 

 

30
déc 2010

Visconti est le spécialiste des transitions historiques: Ses films décrivant toujours une société au sommet de sa puissance (Les DAMNES) ou de sa beauté (LE GUEPARD, LUDWIG OU LE CREPUSCULE DES DIEUX) mais habitée, travaillée par la mort.

 Scène de bal : LE GUEPARD de L. VISCONTI dans la scène marquante

 A cet égard, la scène de bal du film LE GUEPARD me semble des plus significative : La magnificence de chaque plan, image trancendée par la lumière, la musique, le mouvement, les couleurs, le chatoiement des couleurs, l’élégance des hommes, la splendeur de femmes, tout concourt à faire de cette scène, (la plus longue scène de bal de l’histoire du cinéma, – 45 mn - et certainement l’une des plus belles), le témoin d’une aristocratie qui jette ces derniers feux avant de céder la place à une bourgeoisie pragmatique.
Cette vision crépusculaire est ressentie à travers le personnage du Prince Salina qui, avec une lucidité remarquable mais  une nostalgie poignante, s’était porté au changement qu’opérait la révolution garibaldienne :  »Nous étions les lions et les guépards, ceux qui nous  remplaceront seront les chacals et les hyènes… »

4290719668_bf50cfb833 dans la scène marquante Mais lors du bal,  c’est physiquement que  l’agonie de sa civilisation se manifeste en lui.  La fatigue  pèse sur les épaules, se lit dans les traits du vieillard qu’il devient brusquement.  Regardant les femmes s’agiter sur les sofas, il fait ce constat amer :  « La fréquence des mariages entre cousins ne favorise pas la beauté de la race. On dirait une bande de jeunes guenons prêtes à sauter les rus… » Fuyant l’agitation environnante, il se réfugie dans la bibliothèque, lieu de silence et de méditation, antithèse de la salle de bal  et scrute un tableau qui le renvoie à sa propre  agonie… L’intrusion de Tancrède et d’Angélica, pour autant que la séduction de la jeune femme le rajeunisse un moment, n’entame en rien sa sensation de décrépitude.

Mais c’est surtout avec les hôtes bourgeois, triomphants et déplacés qu’il prend conscience de la fin d’une époque, la sienne : Don Calogero, le père d’Angélica qui entre dans sa famille semble tout droit sorti d’une nouvelle de Maupassant. C’est le  paysan rude qui convertit en terre cultivable tout le raffinement environnant :« C’est rudement beau ici ! Des maisons comme celle-là on ne peut plus en faire au prix où est l’or!  » Puis plus tard, en s’extasiant devant des candélabres, cadeaux princiers : « Ca en ferait des hectares ! » Et l’effort du prince pour l’associer à cette beauté est palpable :  « Oui, Don Calogero, c’est très beau mais rien n’est plus beau que NOS deux enfants. »

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On peut trouver quelque chose de touchant dans la naïveté et la sincère admiration de Don Calogero mais la morgue du colonel tombeur de Garibaldi est absolument repoussante : Matamor fascisant, aux haussements de tête mussoliniens,  sûr de son bon droit, il ne glorifie le révolutionnaire que pour mieux se mettre en avant. Ces fanfaronnades sont autant de coups portés aux valeurs de loyauté et de bravour que le prince Salina partage désormais avec un  Garibaldi  tragique et vaincu.   Et nous comprenons  dans cette scène poignante combien le personnage est seul désormais.

Il n’y a pas d’âge et mille façons d’appréhender un chef d’oeuvre: J’avais 15 ans quand  j’ai vu LE GUEPARD à sa sortie, J’étais ébloui  par le film mais les sentiments du héros m’étaient totalement passés au-dessus de la tête. J’étais à un âge où comme il le dit à Tancrède et Angélica :  » Pour vous la mort n’existe pas. »  J’ai revu le film récemment et la nostalgie dont il  est empreint et que je suis maintenant capable de comprendre le rend encore plus beau.

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